Pourquoi les tatouages restent à vie alors que nos cellules se régénèrent ?

Dans la question, ont fait référence au mécanisme de régénération cellulaire qui, selon une information approximative, conduirait notre organisme à voir progressivement  l'ensemble de ses cellules remplacé au bout de 7 à 8 ans. En effet, la durée de vie d'une cellule de peau, de foie, de poumon ou de tout autre organe ou tissu est limitée. Lorsqu'une cellule meurt, elle est remplacée par une autre au terme d'une division cellulaire. Sauf que cette échéance de 7 ou 8 ans est une facilité. Car les quelque 250 types de cellules différents du corps humain n'ont pas tous les mêmes fréquences de renouvellement. Un globule blanc par exemple, qui joue un rôle prépondérant dans le système immunitaire, peut ne vivre que quelques heures. Une cellule de foie aura une durée de vie de plusieurs jours. Et les cellules osseuses ou cardiaques ont une fréquence de renouvellement très lente. Il faut environ un an au muscle cardiaque pour renouveler 1% de ces cellules. Au contraire de l'ensemble des cellules de peau qui sont, elles, renouvelées en quelques semaines. C'est notamment ces différences de fréquence dans la régénération cellulaire selon les organes qui a permis de calculer la part de hasard dans la survenue d'un cancer. Le cancer de la peau est ainsi relativement fréquent contrairement à celui du cœur, extrêmement rare.
Un tatouage "entre" les cellules
Mais revenons-en à nos tatouages, qui concernent quelque 20 millions de personnes dans le monde. Car justement, ces décorations corporelles semblent toucher des cellules dont la régénération est relativement rapide, celles de la peau. Oui... sauf que non. Les pigments de l'encre des tatouages sont injectés suffisamment profondément pour ne pas disparaître. "Seul l'épiderme connait un turn-over de ses couches, explique à Sciences et Avenir le Dr Nicolas Kluger, dermatologue expert des problématiques liées aux tatouages. Si le tatouage était dans l'épiderme, le pigment serait éliminé en un mois environ", précise-t-il. Or les aiguilles utilisées par les tatoueurs "traversent l'épiderme et atteignent le derme papillaire et/ou réticulaire, une couche de la peau située à une profondeur d'environ 1 à 2 millimètres", explique le dermatologue. Et il se trouve que le derme, "c'est principalement du tissu conjonctif dans lequel il n'y a pas beaucoup de cellules". En effet, la particularité d'un tissu conjonctif est d'être composé de cellules séparées entre elles par de la matrice extracellulaire. C'est dans cet espace que les pigments du tatouage perdureront des années (cf. photo ci-dessous). Autrement dit, on ne tatoue pas directement des cellules.

Toutefois, le tatouage ne reste pas inerte sur le plan histologique au cours de la vie. Il y a d'abord une phase de "stabilisation" du tatouage, puis un long processus de vieillissement. Le tatoueur a besoin de percer la couche superficielle de la peau, l'épiderme, pour injecter l'encre dans le derme. Ainsi, "chaque piqûre entraîne une rupture des capillaires superficiels, ce qui fait apparaître une fine pellicule de sang à la surface de la peau que le tatoueur nettoie régulièrement" pendant qu'il réalise son œuvre. La cicatrisation qui intervient dans les semaines qui suivent va déjà faire bouger le tatouage. "Pendant cette période, explique le Dr Kluger, des fragments d'épiderme pigmenté sont éliminés spontanément lors des soins du tatouage donnant l'impression au tatoué que «le tatouage s'en va». Durant la cicatrisation, les couches épidermiques sont éliminées progressivement et l'ensemble des pigments déposés dans l'épiderme est entièrement rejeté."
Durant le reste de la vie, le tatouage continue d'évoluer : les contours deviennent plus flous, les couleurs s'estompent... "L'explication réside dans la phagocytose progressive des pigments par les macrophages qui migrent ensuite vers le système lymphatique et les ganglions locorégionaux." En clair, les cellules phagocytes du système immunitaire qui passent par là peuvent ingérer des particules étrangères solides d'échelle micrométrique, comme les pigments du tatouage par exemple. Un mécanisme que l'exposition au soleil a tendance à favoriser. Ainsi, pour qu'un tatouage vieillisse le moins possible, il faut éviter de l'exposer au soleil. À méditer à l'heure où les séances de bronzage à la plage commencent.
 
 

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